Surmontant les vicissitudes de l'Histoire et les périodes sombres, notamment celles de dominations étrangères, la Principauté, sous la conduite avisée de ses Princes, a, au cours des siècles, affirmé son identité et su préserver son indépendance. A l'aube du troisième millénaire, elle fêtera ainsi l'attachement et la fidélité de la Famille Grimaldi à sa terre et à sa communauté.
La dynastie des Grimaldi a donné à la Principauté des seigneurs puis des princes qui, s'illustrant dans de nombreux domaines, ont écrit les plus belles pages de l'histoire de Monaco. Citons parmi eux : Rainier 1er, amiral général de France; Honoré II, le premier Prince de Monaco à l'origine d'un important traité avec la France; Louis 1er, ambassadeur de Louis XIV près le Saint-Siège; Antoine 1er, protecteur des Arts et grand mécène ; Charles III, qui fonda Monte-Carlo ; Albert 1er, connu notamment comme le père de l'océanographie ; Louis II, le Prince soldat.
Le 8janvier1997, débuteront officiellement les cérémonies du 700ème anniversaire. Selon la volonté de SAS. le Prince Rainier III, cette célébration sera "l'expression vivante de l'unité nationale du pays" et manifestera une nouvelle fois l'union indissociable de la Famille Princière et des Monégasques "dont le passé riche et authentique doit permettre aux plus jeunes de trouver une foi nouvelle dans l'avenir".
Le Comité d'organisation
du 700ème est présidé par S.A.S. le Prince
Héréditaire Albert.
Le 8 janvier 1297, François
Grimaldi se rendait maître de la forteresse de Monaco .
Dans son ouvrage "Monaco, ses Origines et son Histoire",
Gustave Saige nous fait le récit, qui fait toujours autorité,
de cet événement capital pour l'histoire de la Principauté
: "Dans la nuit du 8 janvier 1297, un moine se présentait
aux portes de Monaco : on le laissa passer sans méfiance;
c'était François Grimaldi A peine l'enceinte dépassée,
le faux moine se jetait sur les gardes, vraisemblablement peu
nombreux, et, à la faveur de la lutte, introduisait une
nombreuse troupe guelfe qui le suivait, dissimulée dans
la nuit, et qui s'empara des portes avant que les gardes aient
pu être secourus".
Par cette action, François
Grimaldi venait de graver durablement le nom de sa famille sur
les flancs du Rocher de Monaco.
Pour l'heure, sa position restait très précaire. Les événements précédant l'année 1297 en témoignent :
Le Rocher appartenait
à Gênes depuis 1215. S'en emparer était un
acte de guerre évident mais aussi symbolique vis à
vis des Gibelins restés maîtres de la mère
patrie.
François Grimaldi,
vêtu d'une bure de moine, parvint à tromper ses adversaires
et à s'emparer de la forteresse, évitant ainsi un
siège qui se serait avéré trop coûteux
en moyens et en vies humaines. S'emparer d'une telle place forte
et de son port, c'était aussi se ménager les meilleures
chances de reconquérir Gênes. Les Grimaldi et leurs
partisans conserveront le Rocher pendant un peu plus de quatre
ans, au cours desquels ils poursuivront une chasse sans merci
aux navires et au commerce des Gibelins depuis l'Italie jusqu'aux
ports du Languedoc.
Durant cette période,
Charles II d'Anjou s'enfonçait dans une situation de plus
en plus difficile, menacé notamment par les prétentions
territoriales aragonaises. II lui fallait l'appui d'une flotte
supplémentaire et iI espérait compter sur celle
de Gênes. Comprenant le parti qu'il pourrait tirer à
se substituer à cette dernière, Rainier Grimaldi
sut faire prévaloir sa force navale et ses qualités
manoeuvrières. II ne s'agissait plus de combattre pour
ses seuls intérêts personnels, mais de mettre ses
moyens au service d'un Prince qui saurait, un jour, le récompenser.
II en fit de même avec le Roi de France Philippe le Bel,
pour lequel iI remporta, en 1304, la brillante victoire navale
de Zeriksee contre la flotte flamande, ce qui lui valut le titre
d'amiral de France. Rainier annonça ainsi un comportement
tout à fait original que les Grimaldi reprendront après
lui : faire apprécier sa force par un puissant voisin qui
aura intérêt à l'utiliser, mais à condition
d'en obtenir aide et protection dans le sens d'une émancipation
politique.
Ainsi, lorsqu'à
l'initiative bienveillante de Charles II, il fut question de restituer
Monaco à Gênes, les Grimaldi surent mener les négociations
avec clairvoyance et sang-froid, en faisant valoir leurs propres
conditions : il n'était plus question de capituler et d'être
traités en vaincus mais bien de discuter d'égal
à égal.
Si, pour beaucoup de contemporains,
la rentrée de Monaco au sein de la République de
Gênes fut sans doute comprise comme un retour à la
situation antérieure, iI n'en allait pas de même
pour les Grimaldi Rainier, chef des dissidents, préféra
se replier en Provence, affichant ainsi sa volonté
d'indépendance. II fut l'initiateur de l'Histoire de
l'indépendance monégasque.
Toutefois, Rainier lui
même n'aurait peut-être rien pu faire si
François Grimaldi, le 8 janvier 1297, n'était parvenu
à s'emparer du Rocher, justifiant ainsi que l'on se souvienne
toujours de lui sept siècles plus tard.